Ici, la bière est a £2 la pinte. Des coupes dorment dans un placard sur le coté, assoupies sous une fine couche de poussière. Trois mamies, assises alignées devant leurs trois pintes, discutent tranquillement sur le cote du bar. Dans un coin, un petit vieux pique du nez dans son cidre. Le bar est au centre de plusieurs pièces qui communiquent toutes entre elles par des portes ouvertes – en fait, le bar, c’est toute la maison. Des chaises sont disposées un peu au hasard, d’épais rideaux rouges négligemment tirés sur les fenêtres.
Bien sur, impossible de trouver l’endroit: planqué dans un quartier résidentiel au détour d’un parc, au fond d’une cour sombre ou, si on va vraiment au fond, on finit par voir une petite plaque qui dit “Harmonica Blues Club”. On a presque l’impression de rentrer par effraction tellement l’endroit semble être une maison de particulier plutôt qu’un pub. En fait, c’est un “club”. Mais un “club” a l’anglaise.
Et puis le type qui était en train de discuter au bar avec un pinte se dirige vers un des coins de la maison ou attendent une batterie, un clavier, des guitares et quelques amplis: la musique commence. Les gens se regroupent en cercle devant les musiciens et s’assoient sur des chaises. S’il n’y en a plus de dispos, pas grave: vous pouvez aller en chercher dans la pièce d’a cote ou elles entendent empilées, sous la lumière d’un magnifique lustre.
Le blues fait rage et Bob, la cinquantaine, hoche en rythme mais avec toute la retenue que lui impose son âge. Je dois être le plus jeune dans le club: ici, les cheveux gris sont de rigueur ce qui donne a l’ambiance un petit cote nostalgique. C’est vendredi soir, on a sorti le cuir fatigue du placard et on vient se faire un vieux blues pour bien commencer le weekend.
Une pinte de Guinness solitaire attend sur la cheminée: on sent qu’elle approuve la musique.
Une pinte toute fraiche vient de m’etre servie, la deuxième partie du set est sur le point de commencer. Le chapeau passe discrètement dans le public, pour les musiciens.
C’est le moment de l’annee ou pour la premiere fois on met un pull le soir, parce qu’on n’a pas encore envie de fermer la fenetre (meme s’il faudrait). Le soleil se couche desormais avec cette belle couleur rose-rouge, couvrant un leger voile bleu dont se pare l’horizon. L’enivrante odeur de charbon de bois brule a refait son apparition le long du canal, accompagnee de sa fumee bleutee. La nuit reprend ses droits et tombe de plus en plus tot, il n’y a pas de doute: l’automne est de retour.
Cancun, Mexico, August 2011
Cinquième voyage au Mexique et troisième traversée “por la carretaras de Mexico”, de Puebla jusqu’au Sureste. Le voyage est toujours aussi magique, avec ses routines immuables: le depart a l’aube (toujours en retard); la bajada a Orizaba en slalomant entre les camions et ou l’on passe de la montagne a la jungle en une heure, en disant au revoir au bienveillant Popocatepetl; la chaleur torride et lourde de Veracruz avec son soleil brulant et un orage toujours au detour du chemin; le chaos de Villa Hermosa;la succession de lignes droites balayées de sable et de soleil en sortant de Ciudad del Carmen; les ponts au-dessus du golf de Mexico couverts de pécheurs a la ligne; les cocktails de Camarones a Champoton; la selva du Yucatan; le traditionnel repos a Merida, avec son eblouissante et coloree lumiere de fin de journee et ses couchers de soleil qui n’en finissent plus
la route envahie de papillon jusqu’a Valladolid ou son zocalo accueillant est a chaque fois plus colore; encore de la selva; et puis finalement la plage blanche de Tulum et ce sentiment d’etre arrives au bout du monde et de toucher au paradis apres tant d’efforts.
Comme chaque traversee, elle a apporté son lot de surprises: une panne mecanique sous une pluie torrentielle et brulante chargee en moustiques agressifs, une interminable “balade” a Cuetzacoalcos avec des mécaniciens plus preoccupes par leurs bières que par nous aider a trouver la pièce manquante, un hôtel “grand luxe” a Frontera, un policier Yucateque curieux et intrigue par notre étrange équipée et qui nous posent la (très) embarrassante question: “de donde vien?”
Comme toujours, tous n’ont pas pu être du voyage, certains on hésité jusqu’à la dernière heure a se lancer dans l’aventure, certains ne sont plus parmi nous, d’autres se sont joints a nous et, même si les choses ne sont plus comme avant et qu’elles ne le seront sans doute plus jamais, ce qui compte c’est encore et toujours juste de faire ce voyage, de continuer a prolonger ce rêve qui a débuté il y a si longtemps et de le partager avec ceux qui comptent, de transmettre cette passion et de envie de se lancer pour “el caribe” a travers le Mexique, pour que Tulum ne soit pas juste une illusion du passe.
Last day in Peru and in Lima. We wanted to finish our trip with the visit of few colonial mansions: our walks in the center and Barranco showed us that there were indeed some absolutely magnificent houses in Lima and we were curious to see what they would look like from the inside. We had been walking around this block of buildings near the Zocalo twice already, looking for the entrance to the “casa aliaga” who was supposed to be one of these mansions, when I finally decided to press the button of the intercom that was guarding a massive closed door that did not indicate anything, just in case. After a few seconds, a voice picked up on the other side:
- Hello, is this the casa Aliaga? is it possible to visit it?
- Yes, it’s going to be 30 soles per person
- All right!
A few minutes later, a short man opens the heavy door and shows us in the patio of the building. The silence and coolness of the place are surprising and contrast so much with the hot dusty streets on the other side of the door. The 60 pesos quickly folded in his pockets, he starts “the tour”.
After climbing a few steps, we enter the main hall and the house starts progressively to reveal itself. Paintings, incredible pieces of furniture, sculptures, gorgeous carpets: treasures are everywhere. The house has very little direct windows on the surrounding streets and most of the light comes from windows in the high ceilings; light is very soft, draping all the house in a clear purple and blue light. This house was originally Jeronimo Aliaga‘s, who first came to Panama from Spain in 1529 and then a few year after to what would become Peru. Since then, the house was passed on through 16 generations and has been in the family for over 500 years.
We shyly proceed with our visit of the house and as we enter the dining room, our guide casually introduces us to the current master of the house, the great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-great-grand son of Jeronimo. In the entrance, one of the cupboards on the side contains the actual sword of Jeronimo and another one a copy of the declaration of independence of Peru, bearing Jeronimo’s signature along with many others. As I examined its details, a thought struck me: in these times, people had limits and frontiers to explore. The world was not this finite space we know nowadays and, for those who were crazy enough, there was something to go “beyond” if you fancied a little adventure.
Let’s just take a look at what actually this bunch of crazy, fame and money driven Spaniards accomplished. The most famous of them, Francisco Pizzaro decided to embark in his first expedition at the age of 53. He had been living in Panama for 20 years and had heard various rumors of a empire existing somewhere in the south where the streets were paved with gold. He was old. He had no idea what exactly he was looking for nor where exactly to look. There was a very high probability of just dying at sea or being killed by a very hostile nature wherever he would manage to land. But there was the lure of this reward in the end. And there was this frontier to go beyond.
Let’s fast forward a few years: 2 expeditions have failed horribly, he has been abandoned on an Island during the last one, he has lost hundreds of soldiers in each one of them, he had to go back to Spain to convince the king to fund his last trip and when he finally figures out where to land and where this famous empire is, Francisco Pizarro finds himself with 106 soldiers and 62 horsemen in Cajamarca at 3,000 meters altitude in the middle of the Andes and also in the middle of an empire of more than 10 million souls, surrounded by an army of 80,000 soldiers. The Inca (the king of this empire) is at the gates and there is a strong possibility that he will just decide to savagely murder all these strangers who just landed in his side of the world. Can you imagine yourself in that camp, on that night before the battle? Pizarro ends up defeating the Inca and conquering the Inca empire over a few years. What were the odds? Not very big.
So, which role did Jeronimo Aliaga have in all these battles? I don’t really know. But the thing is that he was there, he was “one of them”. He took part in the complete craziness that was the conquest of Peru by a bunch of mad Spaniards. These men were not afraid of anything or maybe they were just completely blinded by the possibility of becoming rich. Today, we don’t have any frontiers of that kind anymore.
Oh, by the way, did I mention that Francisco Pizarro was the cousing of Hernan Cortes, the conqueror of the Mexican Aztec empire? All this must have been a family thing…
Lisbonne, c’est d’abord un léger parfum de désuétude, avec ses tramways qui grincent, ses cafés sombres sans âge aux improbables patrons moustachus et ses façades stylées toutes pelées et écaillées d’azulejos qui paraissent millénaires. Lisbonne, c’est aussi la ville aux mille collines, avec ses ruelles pavées sales et étroites mais qui donnent toujours sur la mer (est-ce vraiment la mer ou plutôt le Tage? ce n’est pas très clair mais on s’en fout) et qui semblent vouloir s’y jeter. Elle aime bien se mêler de tout ça, la mer, et sa brise marine souffle à travers les avenues ombragées et sèche tous ces impudiques linges multicolores qui pendent aux fenêtres et semblent crier “eh?! on vit ici, nous”.
Lisbonne, c’est surtout le bout de l’Europe. La fin d’une chose et le début d’une autre qu’on ne sait pas très bien définir. L’Afrique? L’océan? Ce mélange des deux qu’est le Brésil? Pas étonnant qu’ils aient eu la bougeotte, les Vasco de Gama et autres Magellans: quand on est ici, ce n’est pas le moment de flancher et d’arrêter, il faut sauter et se jeter dans l’inconnue, sinon ça ne sert à rien.
Kamakura, Japon, mai 2008
Nous étions au Japon depuis déjà quelques jours et le choc et l’excitation des premières heures commençaient à disparaître. Ce jour-là nous avions prévu d’aller à Kamakura sur les conseils d’un ami mais il faut dire que la météo peu engageante (pluie et ciel gris) nous avait fait hésiter ce matin-là. Mais quand on est en voyage à l’autre bout du monde, difficile de faire la fine bouche et nous nous sommes lancés. La suite ne s’est pas améliorée : nous nous sommes perdus dans la station de train central en cherchant le train pour Kamakura, allant d’un guichet d’information à l’autre et suivant à chaque fois des directions qui nous avons décodées comme contradictoires au bout d’un certain temps, toutes prononcées dans un anglais plus que nébuleux. Après plus d’une demi-heure de tâtonnements, nous étions sur le point d’abandonner lorsque finalement, au détour d’un escalier, nous sommes enfin tombés sur un train disant “Kamakura”. Etait-ce le bon? Peu importe, à ce stade il fallait essayer.
Une demi-heure de trajet à travers la banlieue de Tokyo plus tard, nous arrivons enfin. La pluie nous accompagne toujours lorsque nous pénétrons dans le premier temple et, là, la magie opère…
Je crois que si je devais retourner à Kamakura par une journée de grand beau, je ne pourrais qu’être déçu. Le son de la pluie fine sur les feuilles des arbres, le brillant des buissons humides, les gouttes de pluie délicatement posées sur des feuilles de nénuphar, le craquement des bambous se balançant dans le vent, la chute d’un filet d’eau le long d’une chaîne en métal : la bande son du calme et de la sérénité doit être jouée en “pluie mineur”.
Nous avons marché toute la journée de temple en temple, à travers une calme petite ville, découvrant à chaque fois des temples tous plus délicieusement calmes et envoûtants. Fatigués de marcher, nous nous sommes arrêtés sous l’abri de l’entrée d’un des temples, au pied de marches abruptes qui menaient à un temple caché dans la végétation et nous avons écouté le silence et la pluie.
J’étais en train de nommer les photos de mon voyage en Amérique Latine sur Flickr (et accessoirement de les revoir) lorsque soudain j’ai eu un flash assez étrange de Santiago de Chile : ce n’était pas un flash d’un moment que j’avais passé là-bas, mais de la vision que j’avais de Santiago avant d’y aller. Je m’explique : avant chaque voyage, lorsque la date du départ arrive, je commence toujours à me projeter mentalement dans le voyage et inconsciemment je me construis une image de “comment doit être Santiago”, j’imagine l’atmosphère de la ville, sa lumière, son architecture, les gens, les odeurs… Toute cette image, totalement artificielle, m’accompagne avant chaque voyage; je la construis à partir d’image que j’ai pu voir de l’endroit où je vais, d’endroits similaires, de fantasmes sur ce que je vais y trouver, des mes envies aussi… bref, c’est une mécanique complexe et secrète qui se met en place.
Et puis finalement le voyage a lieu.
Je découvre l’endroit rêvé, progressivement je m’approprie tout ce qui le constitue et puis finalement l’image mentale que j’avais préparée m’apparaît grotesque, déformée, caricaturale et finit par naturellement disparaître au profit des vraies images. Cette représentation éphémère, aussi clichée et ridicule qu’elle puisse être, devient alors innaccessible : notre mémoire prend le dessus et, une fois le voyage terminée, il devient impossible de se remémorer ces images fantastiques qui nous ont accompagné avant le voyage. Ce rêve nous est désormais inaccessible et réactiver les ressorts qui ont fait jaillir dans notre esprit ce rêve est pratiquement mission impossible… sauf lorsque notre mémoire baisse la garde et que dans un bref flash cette image resurgit au détour d’une photo sur flickr.
This photo has been used for a commercial in Paris’ metro and I never took the time to find out who was the photographer behind it: it Wolfgang Tillmans, an American photographer whose other photos are quite “special” (I’ll let you find by yourself if you want…).
Anyway, I really like this one, especially its composition and the feeling of space & immensity it has. It has been used for a commercial for the Opera and it’s a perfect match for me, even if it’s a very modern & urban subject.














